Landing page, page de renvoi ou page de destination : pour en finir avec les anglicismes au travail

Pouvons-nous dire page datterrissage ? Dans un monde où l’on accède à de nombreuses sources d’information anglophones en un seul clic, le rédacteur du dimanche a souvent la fâcheuse tendance de recourir aux anglicismes pour exprimer sa pensée. Cette semaine une collègue m’a sensibilisé à ce sujet.

C’est pourquoi j’ai choisi de vous proposer aujourd’hui les équivalents adéquats de plusieurs termes que nous utilisons quotidiennement dans le merveilleux monde du Web.

De landing page à page de destination

La semaine dernière, je reçois un document révisé par Mélanie, une traductrice qui vérifie mes textes à l’occasion.

Je repère vite un sous-titre qui ne m’est pas familier : « Page de renvoi ». Hein!? Ouche. J’avais pourtant écrit « Landing page » et je trouvais que c’était bien correct!

Je demande à ma collègue pourquoi elle a changé ce terme, alors que tout le monde connaît sa signification.

— Mélanie, le client ne va pas comprendre… Tout le monde dit une landing page. — Jonathan, c’est un anglicisme et tu es un professionnel. Les termes appropriés existent et ils s’implantent graduellement. Avec le temps, tu verras que ce sera mal vu d’utiliser des anglicismes. Mieux vaut s’y faire maintenant.

Je lui rétorque qu’on devrait alors dire « page d’atterrissage ».

Après avoir effectué quelques recherches auprès de Termium (Bureau de la traduction) et du GDT (Office québécois de la langue française), Mélanie m’indique que le terme « page d’atterrissage » ne convient pas non plus, car il s’agit d’une traduction littérale manquant de précision. Enfin, elle me propose « page de destination ». GDT l’atteste en tant que synonyme, bien que Termium s’en tienne uniquement à « page de renvoi »… Vendu!

Tableau des anglicismes À la suite de cet échange, j’ai dressé une liste d’anglicismes que j’utilise régulièrement, puis j’ai travaillé avec Mélanie pour leur trouver des équivalents français.

Anglicismes
Équivalents
Landing page
page de renvoi, page de destination
CTR, click-trough rate
taux de clics, taux de clic, TDC
Briefing
breffage, briefing, séance d’information
UGC (user-generated content)
contenu généré par l’utilisateur (CGU)
ROI (return on investment)
RCI, RI, rendement du capital investi
PPC (pay-per-click)
paiement au clic, coût par clic (CPC)
RSS feed
fil RSS, flux RSS
SEO (Search engine optimization)
optimisation pour les moteurs de recherche
SaaS (software as a service)
SaaS, modèle SaaS, logiciel-service
CRM (Customer relationships management )
gestion GRC, gestion des relations‑clients, gestion CRM
Post-mortem
bilan

Alors voici mon call to action (oups, mon appel à l’action ;-) ) Essayez de réduire l’emploi de termes en anglais, notamment dans vos documents et dans vos présentations.

Collaboration spéciale de Mélanie Marin

Jonathan Bergeron

Conseiller Web spécialisé en stratégie de contenu, Jonathan est Celui-qui-pense-aux-choses-auxquelles-personne-ne-pense. Sa soif de comprendre les mécanismes d'un contenu accrocheur s'exprime dans le regard critique mais constructif qu'il pose sur l'univers du Web.




Discussion

  • Christelle Samson le 25 août 2009

    C’est vrai que ça devient compliqué de travailler en français dans un domaine d’anglos. On utilise des termes qui n’ont pas vraiment été pensé pour d’autres langues que l’anglais…et soit dit en passant, la plupart sonnent mieux dans la langue de Shakespeare!

    J’apporte un bémol au Landing Page, moi j’ai toujours dit ‘page d’arrivée’ et ça semble clair pour tout le monde.
    Et le ROI en français, c’est pas RSI – retour sur investissement??

  • Briac le 25 août 2009

    Avant de connaître le mot «SEO» j’utilisais en France le terme référencement. J’ai connu «SEO» en venant travailler au Québec. Ensuite, avec la popularité des techniques de SEO & SEM, les boîtes de « référencement » françaises sont devenues des boîtes de «marketing internet» (ou autre appellation relative) proposant des services de «SEO», comme quoi… :)
    Certaines ont gardées le nom référencement dans leur description mais il semble que ce soit de moins en moins à la mode!
    Je n’ai pas d’idée de traduction pour «call to action» mais il me semble que c’est un peu littérale. J’aurais plus vu quelquechose comme «incitatif».
    Au passage, j’en ai une bonne, saviez vous que marketing a son équivalent français? Il s’agit de «mercatique».
    Donc on pourrait dire:
    Un agence de mercatique internet proposant des services de référencement naturel. (pas «organique» ‘sti!) ;)

  • Isabelle Gaudreault le 25 août 2009

    page de redirection est aussi un équivalent fort accepté pour landing page.. pour ce qui est de CRM, GRC tout court, pour « gestion des relations avec la clientèle », fait très bien l’affaire, sans compter qu’il évite la redonance… il faut surtout faire en sorte que les sources soient valides — et éprouvées. Bon boulot là-dessus… poursuivez la mission !!!

    Bize,

    Z.

  • Benoit Laporte le 25 août 2009

    L’office de la langue française nous dit même: « L’emploi de marketing comme forme adjectivale dans les expressions « techniques marketing », « gestion marketing » par exemple, devrait être évité. Il serait préférable de lui substituer l’adjectif français mercatique. »
    On doit donc réviser notre « Plan Marketing », et l’appeler « Plan Mercatique » ? Pas sur… Mais jusqu’au début des années 80 au HEC on appelait les cours de Marketing, des cours de « Mise en marché ». Alors pourquoi ne pas simplement parler de « Plan de mise en marché » ?

  • Isabelle Gaudreault le 25 août 2009

    Bonjour Benoît. Marketing est (heureusement ou malheureusement) plus que passé dans l’usage…. il y a aussi commercialisation, que je préfère, en tant que « chevronnée », à mercatique (et qui est drôlement plus descriptif)… ce dernier n’ajoutant absolument rien à la langue…. donc, techniques de commercialisation, etc. Votre plan de commercialisation en particuler fera probablement l’objet d’une réussite époustouflante…

    Bonne chance,

    I.

  • Etienne Denis le 26 août 2009

    J’aime beaucoup la langue française, qui est à la fois un outil de communication, de travail et de création. Je suis le premier à préférer les termes français. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec le point de vue de Mélanie.

    1. La langue est vivante et change constamment. Vous auriez de la difficulté à comprendre un texte usuel datant de la Nouvelle France : des termes sont constamment ajoutés, d’autres deviennent désuets, et ce depuis toujours. Il est normal que des nouveaux termes soient ajoutés. Au risque d’être bien seul avec cette opinion, quand un nouveau mot est inventé dans une langue, comme kaizen ou manga, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas l’utiliser. Un cowboy qui entre dans une pizzeria, vous dites ça comment en « bon » français?

    2. La langue sert à communiquer. Je me rappelle ce client qui disait un peu crument « notre but n’est pas de gagner un prix à l’Office de la langue française, notre but est de mettre des culs dans des sièges » (i.e. vendre des billets). Oui il respectait la langue, mais la langue n’était pas un but en soi. Si je promets à un client d’augmenter son RSI en bonifiant son plan mercatique, il ne comprendra pas! J’aurai peut-être utilisé un beau français, mais mon français aura été inefficace.

  • Eric Baillargeon le 26 août 2009

    > rendement du capital investi

    N’aime pas beaucoup « rendement » car c’est comme si ton ROI fesait de l’intéret en prime ce qui serait bien mais n’est pas exact. J’aime mieux « retour sur investissement ».

  • Isabelle Gaudreault le 26 août 2009

    à Étienne :

    Un cowboy qui entre dans une pizzeria, vous dites ça comment en “bon” français?

    Un cow-boy qui entre dans une pizzéria ;)

    L’utilisation de mots étrangers qui sont francisés parce qu’ils désignent une réalité qui n’existe pas dans cette langue est très acceptable. Ce qui ne l’est pas est de remplacer des mots français qui font très bien l’affaire et dont la définition concorde par des ajouts inutiles à la langue.

    Quelques exemples :
    - opportunité = l’aspect juste à point de quelque chose (se rapporte à un moment ou à un événement) et non une occasion à saisir (qui traduit opportunity)
    - ultime = dernier, final (et non suprême, comme en anglais)
    - « passé dû » (calque de past due) qui se traduit correctement « en souffrance »
    - usager à la place d’utilisateur, lorsqu’il n’utilise pas un service public

    En fait, les calques et les faux amis sont nombreux, d’où la prudence de Mélanie et sa tentative de sensibilisation. Il arrive qu’on soit bien surpris, en ouvrant un dictionnaire, qu’un mot ne signifie pas ce qu’on a toujours cru. Si la définition ne concorde pas, c’est que le mot signifie… autre chose, tout simplement ! ;)

    Pour ce qui est du rendement du capital investi, l’expression signifie « ce que rapporte la somme investie à une fin ». En revanche, retour sur investissement, en français, exprime plutôt le réexamen d’un placement dans un fonds, d’où l’importance d’utiliser la bonne terminologie et non le calque.

    Je me doute bien qu’il n’y aura pas beaucoup de disciples, mais la clarté du propos est la raison pour laquelle il faut soigner ses mots… sinon, attention aux quiproquos.

  • Etienne Denis le 26 août 2009

    Mon exemple du cowboy et de la pizzeria était évidemment un clin d’oeil.

    Je me questionne plus sur les nouveaux mots, qui n’existent dans aucune langue, et qui sont créés pour la première fois. C’est particulièrement évident pour les accronymes…

    L’exemple qui me vient à l’esprit: web (eh oui!). Je me rappelle qu’au début, certains prônaient le mot « français » de toile.

  • Isabelle Gaudreault le 26 août 2009

    D’où le clin d’œil dans la réponse, Étienne.

    Il s’agit souvent de choix rédactionnels ou traductionnels qui découlent du contexte. Pour ma part, si j’ai déjà répété Web (avec la majuscule, toujours, puisqu’il s’agit d’un nom propre) et Internet à quelques reprises dans un texte, j’utilise parfois la Toile et le Net, pour ponctuer la lecture et varier de temps à autre. Ces deux termes ne sont pas obsolètes et sont encore très utiles dans bien des cas. En fait, contrairement à l’anglais où la redondance est une figure de style, le français ne tolère pas très bien la répétition à outrance.

    Oui, la langue évolue, à une vitesse vertigineuse ces dernières années, surtout à cause d’Internet. Raison de plus pour en promouvoir la qualité et l’intégrité, sans tomber dans un purisme exagéré. En faisant preuve de gros bon sens, mais en exerçant tout de même une certaine prudence quant au choix des mots justes.

    En fait, dans nos esprits bilingues, les écarts que nous faisons ne sont pas dramatiques parce que nous comprenons la signification de ces mots étrangers. Par contre, si on emprunte les souliers de quelqu’un qui n’a pas la chance d’évoluer dans les deux langues. C’est du chinois, dans sa forme la plus pure… d’où la nécessité de tenter d’exprimer tous ces concepts dans des mots qui transmettent le sens aussi aux non-bilingues… et il y en a plus qu’on peut penser quand on oublie qu’on vit dans un coin de pays bilingue à toutes fins pratiques. Je sais de quoi je parle puisque je viens du (de) Saguenay !

    Comprends-moi bien : je suis loin d’être anglophobe — bien au contraire : je lis beaucoup plus en anglais qu’en français, puisque je préfère toujours les textes originaux ! J’essaie tout bonnement de valoriser la richesse de la langue française et d’en promouvoir l’utilisation efficace pour véhiculer des idées qui sont comprises autant par les unilingues que par les bilingues.

    Pour ce qui est des nouveaux mots, tout est souvent dans les racines latines et grecques (l’étymologie)… je préfère laisser les linguistes les créer et combler les vides lexicaux temporaires en vulgarisant le mieux possible la nature de la bête et en conservant la termino anglaise entre parenthèses. C’est plus facile à lire qu’un texte ponctué de néologismes incompréhensibles présentés comme du « français » qui n’en est pas… Par contre, lorsque le sens d’un néologisme est clair et admis, par exemple, dans le cas de courriel (qui n’en est plus un), je le préfère toujours à e-mail ou email.

    Pour en revenir à nos moutons, il y a aussi ouèbe, dont la nature un peu farfelue est fort charmante.

    Vive le choc des idées ! :)

  • Jonathan Bergeron le 26 août 2009

    Je suis agréablement surpris par la qualité des commentaires sur cet article.

    Je considère que Mélanie a raison. Nous devons faire l’effort de nous informer sur les équivalents français des termes anglais que nous utilisons couramment. Cet article a pour objectif de nous sensibiliser sur les équivalents français aux anglicismes.

    Je suis également d’accord avec Étienne. Nous devons utiliser les termes pour être compris de nos interlocuteurs.

    Dorénavant, je vais tâcher d’utiliser le terme page de destination au lieu de « landing page », car je l’utilise couramment et cette expression a une résonance chez mon interlocuteur. À terme, j’espère enrichir la langue dont je suis fier.

    Je vais faire de même pour plusieurs expressions du domaine Web.

    Cependant, si mes collègues me regardent avec les yeux remplis de points d’interrogation je m’adapterai à ma communauté.

  • Jean Bergeron le 27 août 2009

    J’aime bien le TDC quoique je lui connaisse un autre sens. moins raffiné :)




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